Bipède bicéphale signalé à la MAC !

La simultanée dames/échecs du samedi 17 mai s’est déroulée à merveille, réunissant de nombreux participants et quelques spectateurs. Christophe Bouton a relevé le défi de jouer cette « double simultanée » en remportant ses 5 parties de dames et 8 parties d’échecs sur 11 (2 défaites, une nulle).

Ayant récupéré de cet après-midi intense (2h30 sans pause café !), Christophe s’est prêté au jeu… de l’interview. Découvrez notre entretien !

Comment as-tu vécu cette simultanée ?

D’abord je remercie tous ceux qui ont relevé le défi. Je pense que cela a été un plaisir pour tous. Personnellement, c’est une première. Je joue aux dames depuis trois ans. J’ai redécouvert ce jeu complexe, stratégique et tactique pendant le confinement grâce au championnat du monde féminin qui était retransmis sur YouTube.

Notre trésorier a eu beaucoup de mérite : il jouait aux échecs et aux dames en même temps ! Globalement, ce fut quand même assez dur sur certains échiquiers, sauf Nicolas qui a gaffé dans l’ouverture, à ma grande surprise car je m’attendais à une partie difficile… et j’ai gaffé de même dans la partie d’à côté !

La partie d’échecs la plus dure a été contre un jeune (Raphaël, NDLR). Il a fallu que je résiste longtemps à toutes ses menaces jusqu’au moment où il a fermé une diagonale où dominaient le couple Fb7/Dc6 avec des menaces de mat.

Côté dames, deux mamans avaient relevé le défi. Je me suis trouvé complètement perdant contre un jeune avec deux pions de moins, jusqu’au moment où j’ai réalisé que ce garçon jouait dès que j’étais parti, de sorte que quand je revenais, il jouait de nouveau… et que donc il jouait deux fois ! Cependant, dans la fin de partie, il devait prendre deux pions et j’ai fait un « collage » qui m’a permis d’aller à dame avant lui et ensuite de ramasser plein de pions. Il a abandonné sportivement, ce que ne font pas beaucoup de joueurs de compétition de dames dans des positions complètement perdantes.

Quelles sont selon toi les qualités respectives du joueur d’échecs et du joueur de dames, si l’on veut les comparer ?

Edgar Allan Poe a fait cette comparaison dans le début de sa nouvelle intitulée « Double assassinat dans la rue Morgue »*.

Je pense que la préparation est plus importante aux échecs. D’une part, il y a plus d’ouvertures et d’autre part la préparation va plus loin dans la théorie, même au niveau amateur.

Aux dames, il y a un fondamental qu’on ne peut pratiquement pas éviter si l’adversaire veut vous l’imposer : la partie dite « Classique ». La révolution au jeu de dames a eu lieu comme aux échecs dans les années 1970, où l’on s’est échappé de la Classique pour jouer dynamique partout.

Le jeu de dames est plus fluide car les pions sont tous les mêmes ; d’un autre côté, il faut être beaucoup plus attentif qu’aux échecs car on peut se faire placer une combinaison. Toutes ou presque portent un nom en français (coup de croc, coup royal…), issu du temps où les Français dominaient le jeu de dames, ce qui ne fut plus le cas après la Seconde Guerre mondiale.

Le problème est qu’en France il y a moins de dix tournois de dames open en parties longues, et 700 joueurs licenciés contre 80 000 aux échecs. C’est un autre monde. De plus, la pyramide des âges est inversée. La politique des jeunes enclenchée dès 1975 à la FFE grâce à Jean-Claude Loubatière a porté ses fruits année après année. Aux dames, à partir des années 1990, il n’y a pas eu de renouvellement des bénévoles. Les jeunes talents à découvrir ne l’ont pas été.

En tant que joueur d’échecs, que t’apporte la pratique du jeu de dames ? Et réciproquement ?

Quand j’ai commencé aux dames, ce qui m’a aidé, c’est que j’étais habitué à calculer. Aux dames, on appelle ça la « vision ». Certaines combinaisons peuvent aller jusqu’à sept coups à l’avance. C’est infernal car les pions disparaissent et il ne faut pas l’oublier, il faut avoir une très bonne mémoire. Je dis cela car lors de mon premier tournoi, dans la dernière série à Montpellier en 2021, j’ai joué contre une jeune championne qui m’a placé une combinaison qui est élémentaire pour moi désormais. Et ça a explosé dans ma tête ! Elle donne un pion à droite, deux autres à gauche et pschitt ! elle va à dame. Je n’avais pas vu arriver la « combi ».

Et le jeu de go dans tout ça ?

Le go est totalement confidentiel et ne fait pas partie de notre culture. C’est toutefois un jeu très dur que l’on va revoir grâce à la renaissance de la CLE, la confédération des loisirs et jeux de l’esprit. La FFJD y sera présente et pas la FFE pour l’instant. C’est pourtant la « clé » pour participer aux World Mind Games en Chine.

 Merci Christophe pour tes réponses et ta disponibilité !

* « Je prends donc cette occasion de proclamer que la haute puissance de la réflexion est bien plus activement et plus profitablement exploitée par le modeste jeu de dames que par toute la laborieuse futilité des échecs. » (Edgar A. Poe)

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